L'Editorial de Murielle MENSAH 


Du Cameroun à l'Ouganda en passant par le Nigeria et le Bénin, l'exil ne protège plus les webactivistes. Si rien n’est fait, de plus en plus de voix critiques pourraient être réduites au silence. Les webactivistes africains sont-ils de plus en plus en danger?

Hugues Sossoukpè est désormais détenu et poursuivi pour : « Incitation à la rébellion, à la haine et à la violence, harcèlement via Internet, et apologie du terrorisme.». Son arrestation à Abidjan est un énième cas dans une récente, mais longue série d'interpellations.

En effet, bien avant le Béninois Sossoukpè, il y a eu d'autres cas de webactivistes africains arrêtés à l’étranger puis extradés.

Au nombre de ces cas, il y a une figure féminine emblématique. Il s'agit de Stella Nyanzi. Elle est Ougandaise et arrêtée en Tanzanie en 2021. Féministe et critique virulente du régime ougandais de Yoweri Museveni, elle a été arrêtée et renvoyée de force à  Kampala malgré ses demandes d’asile. À son retour, elle a été détenue brièvement pour “trouble à l’ordre public”.

On a également Steeve Akam, mieux connu sous le pseudonyme "Ramon Cotta". Il est Camerounais et a été interpellé à Libreville le 19 juillet 2024, puis extradé quelques jours plus tard dans son pays.

On peut citer en outre,  Ayaba Cho Lucas, leader du mouvement sécessionniste d’Ambazonie au  Cameroun. Il a été arrêté en septembre 2024 en Norvège pour incitation à des crimes contre l’humanité. Il fait face à des charges lourdes et risque jusqu’à 30 ans de prison. L’interpellation et la demande d’extradition se poursuivent.

Simon Ekpa, activiste pro‑Biafra de nationalité nigériane n'est pas en marge. Il a été arrêté en Finlande en novembre 2024 pour suspicion de terrorisme. Bien que l’extradition soit souhaitée par le Nigeria, son sort reste incertain en Finlande. 

Sur la liste, Abdul Rahman Yusuf (aussi nommé Al‑Qaradawi), est aussi en bonne place. Ce poète égyptien détient aussi la nationalité turque, et a été arrêté au Liban début 2025, en réponse à une demande d’extradition vers les Émirats arabes unis. Depuis son interpellation, les ONG s’inquiètent des risques de torture  .

N'oublions pas Steve Amoussou alias "Frère Hounvi", également webactiviste béninois. Il a été arrêté au Togo et livré aux autorités du Bénin sans mandat officiel, dans une affaire similaire à celle de Hugues Sossoukpè.

Au Cameroun, au Nigeria, en Ouganda et au Bénin, ces arrestations et extraditions révèlent un phénomène alarmant de répression transfrontalière.


ÉPREUVES POUR LES WEBACTIVISTES...

Les arrestations à l’étranger suivies d’extraditions sont devenues une nouvelle arme pour les régimes d’Afrique contre leurs opposants numériques. 

Souvent, lors de l'arrestation des webactivistes, il est à déplorer la violation du droit à l’asile, le non-respect des procédures judiciaires d’extradition et la collaboration opaque entre polices africaines.

En effet, des États africains ou tiers collaborent pour traquer des activistes critiques, même alors que ceux-ci se trouvent en exil, et ce en violation d'accords bilatéraux ou régionaux (CEDEAO, accords migratoires...), parfois détournés à des fins politiques.

Les accusations portent souvent sur : « incitation, et atteinte à la sécurité nationale, soutien ou relais au terrorisme.». Tout cela laisse croire à un signal inquiétant pour les droits humains en Afrique.

À  l'occasion des extraditions, les garanties procédurales adéquates ne sont pas de mise selon les organisations de défense des droits humains. 

Que doivent faire les webactivistes africains dans un tel contexte? Quel sera le.bout de tunnel pour eux face à cette sorte de militarisation de la coopération judiciaire ? Que doivent-ils faire sans rendre les armes et les âmes ? 


lafriqueenmarche du 15 juillet 2025 No 954