Au-delà de la guerre du 28 février 2026 en Iran, c'est également l'opposition entre le modèle iranien et celui des pays du Golfe (Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Qatar), modèle qui a atteint un point de rupture stratégique et sécuritaire. 

Tandis que l'Iran s'appuie sur son statut de puissance énergétique traditionnelle pour exercer un levier géopolitique, les monarchies du Golfe voient leurs modèles de diversification (tourisme, numérique) mis à l'épreuve par l'instabilité régionale.

VISION DE RENTE MILITARISÉE 

L'économie iranienne reste structurellement dépendante de ses exportations d'hydrocarbures, malgré une certaine diversification industrielle. 

En effet, le pétrole et le gaz constituent la "colonne vertébrale" du régime, avec des revenus nets d'exportation ayant atteint environ 53 milliards de dollars en 2023.

Mieux, l'Iran utilise sa position dans le détroit d'Ormuz comme levier de guerre. En effet, l'Iran utilise sa position sur le détroit d'Ormuz (où transite 20 % du GNL et 25 % du pétrole mondial) comme une arme économique, menaçant de bloquer les flux pour faire pression sur les marchés mondiaux.

Pour le budget 2025-2026, les revenus pétroliers demeurent le pilier central du budget public. Ce qui souligne une persistance de l'économie de rente en dépit des sanctions. 

OASIS FINANCIÈRES DU GOLFE 

Dans le Golfe, les "Oasis financières" sont face au choc sécuritaireEn effet, les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont investi des centaines de milliards de dollars pour sortir de la dépendance au pétrole via leurs "Visions" (ex: Vision 2030). 

C'est ainsi que le tourisme et l'aérien sont devenus des priorités. Malheureusement, avec la guerre du 28 février dernier, ces secteurs subissent un choc majeur.

L'aéroport international de Dubaï a été directement touché par des frappes, entraînant une chute prévue de 11 à 27 % des visiteurs internationaux dans la région cette année.

L'économie numérique et IA sont également des secteurs non-moins négligeables. Avec cette guerre, la stratégie numérique est sous tension. 

En effet, des frappes de drones ont endommagé trois centres de données régionaux, perturbant les services d'Amazon (AWS) et les applications bancaires.

Malgré ces tensions, la croissance du PIB non pétrolier dans le CCG est projetée à 4,4 % pour 2026, portée par les investissements massifs dans l'IA et les infrastructures. 

CONFRONTATION DES MODÈLES 

En clair, le Moyen-Orient est le théâtre d'un contraste économique saisissant. Tandis que l'Iran tente de sanctuariser sa puissance par une vision énergétique souveraine, les monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) accélèrent leur métamorphose en hubs financiers, technologiques et touristiques.

Ces pays se positionnent comme des zones de refuge financier, attirant les investissements étrangers malgré l'instabilité régionale environnante.

Avec cette escalade des tensions, l'iran a mené des frappes contre des infrastructures stratégiques du Golfe, incluant des raffineries et des centres technologiques. Ce qui vise directement les piliers de cette nouvelle économie diversifiée.

Ces attaques ont fait bondir les cours du pétrole (dépassant les 80 dollars le Brent début mars) et du gaz.

Après cette guerre, quels seront les défis pour les pays du Golfe ? Ces oasis vont-elles poursuivre leur stratégie de diversification mise à l'épreuve par cette insécurité? Seront-ils forcés à arbitrer entre dépenses de sécurité et investissements d'innovation?

Ibrahim DIALLO 

L'Afrique en marche du 5 mars 2026 No 1131