La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
L'hydre djihadiste du Sahel se dévore elle-même dans un affrontement fratricide d'une violence inouïe aux frontières du Mali, Niger et Burkina Faso. Quelle lecture peut-on faire de cette guerre de positions sans merci entre les terroristes du JNIM, affilié à Al-Qaïda et ceux de l'État islamique au Grand Sahara (EIGS)?
Mon confrère Yacine HASSAN a permis de comprendre les dessous de carte entre le JNIM et l'État islamique qui se sont affrontés ces derniers jours dans un choc de titans entre acteurs de la terreur.
Ce choc des titans de la terreur, loin d'être un simple règlement de comptes, révèle la faillite idéologique de ces deux groupes qui prétendaient apporter une justice divine.
Désormais et davantage, la réalité est là. Le JNIM et l'Etat islamique ne font que s'entre-tuer pour le contrôle de territoires, de routes de contrebande et de populations prises en otage.
VÉRITABLE NATURE D'UNE AUTODESTRUCTION DE PARRAINS CRIMINELS
Dans ce théâtre d'ombres, les "frères ennemis" font tomber les masques, exposant la véritable nature de leur entreprise. C'est une pure lutte de parrains criminels pour l'hégémonie locale.
Derrière les discours puritains et les bannières noires, les balles qui s'échangent entre le JNIM et l'EIGS ne visent qu'à asseoir le monopole du racket, de l'orpaillage clandestin et du bétail volé.
La rivalité doctrinale s'efface devant une soif de pouvoir purement terrestre, qui transforme la zone des trois frontières en un immense brasier où s'asphyxie la rhétorique djihadiste.
C'est l'illustration parfaite du serpent qui se mord la queue, se consumant dans sa propre haine destructrice.
UNE AUBAINE POUR LES ARMÉES DE L'AES
Pour l'ensemble des forces de l'Alliance des États du Sahel (AES), cette guerre intestine représente une opportunité stratégique monumentale qu'il est crucial d'exploiter.
Pendant que les terroristes épuisent leurs munitions, leurs hommes et leurs ressources logistiques les uns contre les autres, une fenêtre d'opportunité unique s'ouvre pour les armées régulières de l'AES.
C'est le moment d'accentuer la pression militaire, de saturer l'espace aérien et de frapper ces factions affaiblies au cœur de leur discorde.
La division de l'ennemi est la première étape de sa défaite, à condition de transformer ce chaos interne en un piège fatal.
Au-delà de la réponse militaire, cette guerre des gangs offre une arme psychologique redoutable pour briser les réseaux de recrutement.
Comment ces groupes peuvent-ils encore convaincre une jeunesse sahélienne désabusée de se sacrifier, quand leur principal ennemi est devenu leur propre coreligionnaire d'hier ?
Les populations locales, premières victimes de cette barbarie aveugle, voient enfin la supercherie. Le sang coule non pas pour une cause sacrée, mais pour l'orgueil de chefs de guerre rivaux.
Il faut amplifier ce message pour tarir définitivement le vivier de ces mouvements en décomposition.
L’histoire nous enseigne que les empires bâtis sur la terreur finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs propres contradictions.
Le spectacle de cette autodestruction entre le JNIM et l'État Islamique doit sonner le glas de leur emprise sur le Sahel.
C'est un appel vibrant à l'unité, à la résilience et à l'offensive pour les Nations sahéliennes. En opposant une cohésion nationale sans faille à la fragmentation de la terreur, le Mali, Niger et Burkina Faso ont aujourd'hui les cartes en main.
Les armées de l'AES, premières cibles des groupes terroristes n'ont pas le choix.
Il s'agit de transformer ce crépuscule des djihadistes en l'aube d'une paix durable et souveraine.
Vont-elles y parvenir si vite ?
L'Afrique en marche du 20 octobre 2026 No 1275
