La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
Ibrahim Traoré est-elle l'étoile montante qui réveille l'esprit endormi de Thomas Sankara, ramenant à la vie le rêve d'une Afrique souveraine 39 ans après sa disparition?
Thomas Sankara a été assassiné dans un scénario funeste il y a 39 ans par un commando aux ordres de son frère d'armes, Blaise Compaoré. 39 ans après le 15 octobre 1987 vit-on l'ombre du rédempteur quand le passé devient futur avec Ibrahim Traoré ?
De l'image de Thomas Sankara, regardez bien son béret rouge incliné, ce treillis de combat porté comme une armure de justice, et ce regard d’acier qui fixe l’horizon des possibles.
Regardez bien Ibrahim Traoré dans la même posture. Ce n'est pas une simple coïncidence de l'histoire, c'est une résurgence.
39 ans après que le monde a cru étouffer la voix du "père de la révolution" burkinabè, une onde de choc transcendantale traverse le Sahel.
DE SANKARA À TRAORÉ, FRÉQUENCE PATRIOTIQUE
Ibrahim Traoré ne se contente pas de marcher dans les pas de Thomas Sankara. L'actuel No 1 du Burkina vibre de la même fréquence patriotique, incarnant comme thomas Sankara, cette fureur de vaincre et ce refus viscéral de la fatalité.
La prophétie de Sankara s'accomplit sous nos yeux : « Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront.» Le capitaine Traoré est le premier d’entre eux, le messager d'une promesse que la mort n'a jamais pu briser.
Entendez-vous l'écho de cette verve captivante qui bouscule les lignes de la géopolitique mondiale ?
À la tribune des Nations comme au plus près du peuple, Ibrahim Traoré déploie cette même rhétorique électrique, incisive, qui refuse la main tendue de la mendicité internationale pour imposer le respect par le travail et l'autosuffisance.
Il y a un magnétisme presque surnaturel dans sa manière de mobiliser la jeunesse, de rallumer le feu sacré de l'intégrité et de briser les chaînes invisibles du néocolonialisme.
Après Sankara et avec Traoré, il y a ce fleuve de souveraineté retrouvé, car soutenir le capitaine au pouvoir à Ouaga aujourd'hui, c'est achever l'œuvre magistrale interrompue un tragique 15 octobre 1987.
AUTRES SIMILITUDES ENTRE LES DEUX
D'ABORD, on a l'âge, le grade et la prise de pouvoir patriotique. Tout comme Thomas Sankara, qui est devenu président du Conseil National de la Révolution à l'âge de 33 ans avec le grade de capitaine, Ibrahim Traoré a pris les rênes du Burkina Faso presqu'au même âge (34 ans) et avec le même grade militaire de capitaine, portés tous deux par une ambition de redressement national face à une crise profonde.
ENSUITE, on a la rupture géopolitique et la quête de souveraineté totale. Les deux leaders partagent un rejet viscéral de l'impérialisme et du néocolonialisme.
Sankara avait marqué les esprits en rompant avec les politiques d'aide occidentales et en prônant l'autosuffisance. À son tour, Traoré applique une doctrine similaire en diversifiant radicalement ses partenariats internationaux pour redonner au pays le contrôle total de son destin.
ENFIN, on peut évoquer le style de leadership austère et la symbiose avec la jeunesse.
En effet, les deux hommes rejettent le luxe présidentiel, préférant le treillis militaire de terrain et un mode de vie pragmatique.
Cette attitude cultive une immense ferveur populaire et un magnétisme puissant auprès de la jeunesse burkinabè et africaine, qui voit en eux des leaders authentiques, incorruptibles et entièrement dévoués à la cause du peuple.
« NON », DISENT D'AUTRES
Traoré n'est pas l'incarnation de Thomas Sankara mort il y a 39 ans.
Ibrahim Traoré n'est pas la réincarnation de Thomas Sankara, car chaque époque engendre ses propres leaders et calquer le présent sur le passé occulte la réalité singulière de l'histoire en marche.
S'enfermer dans le mythe de la résurrection politique empêche de voir l'homme d'aujourd'hui pour ce qu'il est réellement.
Lever le voile sur cette comparaison flatteuse mais trompeuse permet de redécouvrir deux trajectoires profondément distinctes.
Pour ceux qui refusent que Traoré n'est pas une réincarnation de Sankara, ils surfent deux caractéristiques fondamentales qui opposent fondamentalement ces deux figures.
PREMIÈREMENT, la doctrine idéologique globale contre le pragmatisme souverainiste sécuritaire. En effet, Thomas Sankara incarnait une révolution marxiste-léniniste globale.
Mieux, il surfait sur une doxa anti-impérialiste et profondément ancrée dans l'émancipation sociale, culturelle et féministe.
À l'inverse, Ibrahim Traoré déploie un souverainisme militaire ultra-pragmatique, dicté par l'urgence absolue de la guerre contre le terrorisme et la reconquête territoriale, loin des théories doctrinales globales de son aîné.
ENSUITE, il y a le modèle de gouvernance populaire face à l'autoritarisme d'exception.
Sankara s'appuyait sur une politisation de masse à travers les Comités de Défense de la Révolution (CDR) pour transformer la société de l'intérieur.
Traoré, quant à lui, dirige dans un contexte d'état d'urgence permanent où le pouvoir est fortement centralisé autour d'un appareil militaire vertical, restreignant l'espace d'expression civil au nom de l'effort de guerre.
Au-delà de tou, Ibrahim Traoré a une ambition redoutable pour ce pays qui continue 39 ans après d'écrire de très belles pages de la révolution interrompue dans le sang le 15 octobre 1987.
L'Afrique en marche du 15 octobre 2026 No 1272
