La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
La récente décision des autorités du Burkina Faso de suspendre et dissoudre des centaines d'organisations non gouvernementales (ONG) et associations en avril 2026, marque-t-elle un tournant majeur dans la gestion de la société civile sous la transition du capitaine Ibrahim Traoré?
Le gouvernement a suspendu 359 associations le 21 avril 2026 et dissous 118 autres une semaine plus tôt. Ces décisions démontrent un durcissement sans précédent du contrôle étatique.
Le motif officiel invoqué pour les suspensions est le "non-renouvellement de leurs instances" selon leurs statuts et la loi en vigueur. Avec la junte, la conformité administrative stricte n'est pas illusoire.
Mieux, l'Etat par décret en date de fin 2025, impose aux ONG de transférer leurs comptes bancaires vers le Trésor public. Ce qui permet une surveillance accrue des flux financiers par l'État que le contrôle financier.
SOUVERAINETÉ OBLIGE
Au nom de la souveraineté et à la sécurité, la junte lie de plus en plus l'activité des ONG à des enjeux de sécurité nationale.
Le pouvoir de Traoré veut lutter contre l'influence étrangère, car certaines organisations ont été accusées d'être au service de puissances étrangères. On a encore en mémoire l'arrestation de huit membres de l'ONG INSO pour "espionnage et trahison" en octobre 2025.
PLUIE DE CRITIQUES
Après cette législation restrictive, qui encadre désormais strictement la liberté d'association sous prétexte de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, à voix basse, des Burkinabè, critiquent la mise au pas de la société civile
Des observateurs y voient une volonté de réduire au silence les voix critiques.
En effet, la majorité des structures dissoutes œuvraient dans les domaines de la citoyenneté et des droits de l'homme. Pour les voix critiques, c'est une uniformisation du narratif dans le but de sanctionner des organisations qui ne soutiennent pas totalement le discours gouvernemental sur la sécurité et la durée de la transition.
FERMETÉ RÉVOLUTIONNAIRE DE TRAORÉ
Pour le pouvoir de Traoré, cette décision repose sur la lecture d’une volonté de restauration de l’intégrité territoriale et de la primauté de l’intérêt national.
Pour Ibrahim Traoré, à l'heure de la révolution, dans le silence résolu de l’action, une Nation en lutte contre le terrorisme, doit se redéfinir.
En effet, en choisissant de suspendre certaines interventions étrangères, le Burkina Faso n’oppose pas un refus au monde, mais impose un pacte de respect à son propre destin. C’est l’affirmation d’un regard qui ne veut plus être celui d’un assisté, mais celui d’un bâtisseur souverain.
Cette décision de contrôle des activités des ONG, devient alors le souffle d’une liberté.. Une manière de dire que l’aide ne peut être le voile d’une influence, mais le reflet d’une solidarité sincère.
On connaît Traoré, il ne reculera pas, car convaincu que l’âme d’un peuple ne se délègue pas : elle se forge dans le discernement et s'élève par le courage.
L'Afrique en marche du 23 avril 2026 No 1162
