La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
Lors de la "Mashariki Cooperation Conference" à Mombasa (Kenya), il y a quelques jours, le président kényan William Ruto, a vivement critiqué UA. A-t-il raison ?
« L'Union Africaine n'est plus adaptée à sa mission dans sa forme actuelle.», déclare le président Kényan.
Les critiques de William Ruto, s'articulent autour de plusieurs points clés. Il pointe du doigt le manque de leadership et d'efficacité. En effet, Ruto, a déclaré que l'UA actuelle est incapable de fournir le leadership nécessaire pour l'avenir du continent. Il met en exergue sa coordination faible, une prise de décision lente et des inefficacités institutionnelles.
Ensuite, il met en cause la défense d'une UA 2.0 mandatée par ses pairs pour piloter les réformes institutionnelles, il prône une transformation profonde pour renforcer l'autorité exécutive de l'organisation.
DES VÉRITÉS
La souveraineté financière a été également critiquée. En effet, William Ruto appelle à réduire la dépendance aux financements extérieurs pour assurer une réelle autonomie de l'organisation.
L'intégration et visibilité mondiale de l'UA, préoccupe également William Ruto. Dans cette perspective, ses propositions incluent l'accélération de la zone de libre-échange continentale (ZLECAF), l'instauration de voyages sans visa pour tous les Africains, et une représentation unifiée de l'UA dans les instances mondiales comme le Conseil de sécurité de l'ONU.
William Ruto, n'a pas manqué de déplorer les résistances internes. En effet, le président kényan, a également souligné l'existence d'une forte résistance au changement au sein même de l'institution, ce qui freine la mise en œuvre de ces réformes jugées vitales.
Cette prise de position du président Kényan est une inspiration subliminale et analytique. En effet, le président kényan, a franchi un cap rhétorique en déclarant l'organisation « inadaptée à sa mission » (not fit for purpose), pour saisir la portée du récent réquisitoire de William Ruto contre l'Union Africaine (UA).
L'ÉVEIL DU GÉANT DORMANT
Le message de William Ruto, n'est pas une simple critique ; c'est un diagnostic de survie pour un continent qui se veut maître de son destin. D'où toute la profondeur de sa déclaration relative au silence des ambitions.
En effet, on a longtemps cru que l'Union était un toit, alors qu'elle n'est parfois qu'un paravent.
Derrière ce discours de fraternité, William Ruto, a vu le vide : une institution incapable de fournir le leadership dont l'Afrique a besoin pour franchir les portes de l'avenir.
Ce n'est pas l'unité qu'il attaque, mais l'inertie. Il nous dit, à demi-mot, que le temps des "discussions de couloir" est révolu face aux bruits des bottes et aux crises de la dette.
Son message est une onde de choc, car l'Afrique ne peut plus attendre une permission extérieure pour exister.
En pointant les "résistances à la réforme", Ruto ne cherche pas seulement à changer un organigramme, il veut briser le miroir déformant d'une Afrique dépendante de fonds étrangers pour financer sa propre paix.
C'est l'appel d'un continent qui refuse d'être spectateur de sa propre tragédie. C'est ce qu'il faut lire entre les lignes.
En somme, William Ruto, ne demande pas moins d'Afrique, mais une Afrique capable. Sa critique est le cri d'un réformateur qui sait que sans une mutation profonde, l'Union Africaine risque de devenir une relique historique au moment même où le continent devient le "poumon" de la croissance mondiale.
En clair, William Ruto plaide pour une commission de l'UA dotée d'un pouvoir réel de décision, et non d'une simple fonction de secrétariat.
L'Afrique en marche du 21 avril 2026 No 1161

