Oxfam international, une ONG de renommée mondiale qu'on ne présente plus, a publié un rapport fracassant il y a quelques jours, intitulé en anglais : "Africa's Inequality Crisis and the Rise of the Super-Rich". Ce rapport pointe donc du doigt : « La crise des inégalités en Afrique et la montée des ultra-riches ». Depuis la publication dudit rapport le 9 juillet dernier, tout porte à croire que cette ONG a jeté une grosse pierre dans le jardin des Nigérians soutiens inconditionnels de Aliko Dangote, leur champion. Ici au Nigeria, les avis sont partagés entre ceux qui critiquent et pourfendent cette ONG pour sa "mauvaise foi" et ceux qui pensent qu'il y a une part de vérité.


CE N'EST PAS À CETTE ONG DE DIRE À DANGOTE CE QU'IL VA PAYER SUR SA FORTUNE...

« Quand Oxfam souhaite qu'une réforme fiscale modeste de 1 % supplémentaire soit réalisée sur la fortune des quatre grands ultra-riches africains dont le premier, est notre compatriote, Aliko Dangote, on veut davantage comprendre les motivations profondes de cette ONG. 

Certes, Oxfam a une  réputation mondiale. Cependant, 

dire qu'il faut 1 % supplémentaire sur la fortune des quatre grands ultra-riches africains pour générer 66 milliards USD par an, pour financer une éducation gratuite et l'accès universel à l’électricité. Leur rapport est une erreur d'appréciation. 

Ce rapport n'a fait que du sensationnel. Aliko Dangote est notre champion. Ce n'est pas à cette  ONG de dire à Dangote ce qu'il va payer sur la fortune. Ce n'est pas à elle de dire à l'Etat du Nigeria comment il percevra l'impôt sur la fortune.», fulmine un responsable de "Sugar PLC" qui a requis l'anonymat.


...ICI AU NIGERIA, C'EST UN CHOIX QUE NOUS ASSUMONS

« Le fait de ne pas taxer convenablement les fortunes, ce n'est pas de l'évasion fiscale et non plus l'évitement fiscal.

Ici au Nigeria, dès le renouveau démocratique et économique dans les années 2000, le président Obasanjo, a décidé de soutenir la bourgeoisie locale pour qu'elle soit une source de ruissellement pour tout le pays.

Au Nigeria, c'est donc une volonté gouvernementale assumée. Dès lors, cette dernière a eu recours à des dispositifs légaux pour permettre aux capitaines d'industrie de payer moins d'impôts.

C'est une sorte d'optimisation fiscale qui emploie les dispositifs fiscaux mis en place par l'État et qui sont parfaitement légaux. 

Cette démarche de l'ONG ressemble à de la dénonciation de fraude fiscale. Et de la part de Oxfam international, ça fait rire ici au Nigeria. Cette ONG dit que Dangote n'est pas bien taxé sur sa fortune. 

Ce que Dangote ne donne pas par la main gauche, il fait preuve de philanthropie et le donne de manière officielle aux fondations, aux structures d'enfance difficile et autres bénévoles. Ici au Nigeria, ne pas taxer nos milliardaires, c'est un choix que nous assumons...», analyse Damala Mouftau, conseiller en stratégies financières


L'ONG A RAISON. ON A L'IMPRESSION DEPUIS QU'IL Y A UNE SORTE D'ÉVITEMENT FISCAL...

« Le moins de charge fiscale coûte chaque année huit milliards de dollars aux Africains. Organisée en grande partie en Afrique par les riches, le moins de fisc sur leur fortune ralentit le développement du continent. 

Je pense que Oxfam a raison, car outre le Nigeria, d'autres places financières officiellement reconnues, font la même chose. C'est le cas des Seychelles, qui offre une incorporation en 24 h et des taux d'imposition de 0% pour les entreprises étrangères. C'est le cas aussi de l'île Maurice, du Libéria, du Botswana, du Kenya, de l'Afrique du Sud et de la Tunisie. 

Ceux qui font les affaires et gagnent gros en Afrique, doivent payer convenablement une charge sur leur fortune.», fait savoir Jo Ifede,  gestionnaire de portefeuille.


...CETTE ONG N'A RIEN COMPRIS

« Moins de fisc sur la fortune n'est pas de l'évasion fiscale. On préfère ne pas taxer Aliko Dangote. En faisant le contraire, on lui donne l'occasion de  rapatrier ses fonds dans des paradis fiscaux.

L'ONG n'a rien compris. Dangote investit ici. Il ne fait pas de l'évitement fiscal ni de l'évaporation fiscale. On est fier de lui.», éclaire pour sa part Musa Kasim, spécialiste Credit Risk Manager.


UN RAPPORT COMME DE L'EAU VERSÉE SUR LE DOS D'UN CANARD...

« Ce rapport est comme de l'eau versée sur le dos d'un canard. Ici au Nigeria, nous avons une autonomie en matière de politiques fiscales. Nous ne recopions pas tout ce qui vient de l'occident. 

Cette ONG ne peut donc nous pousser à s'aligner sur les taux d'imposition contre nos leaders économiques pour remplir les caisses. 

Ici au Nigeria, on applique un taux faible sur la fortune pour limiter l'évasion fiscale. On doit remercier le président Obasanjo, le précurseur de cette vision. On doit remercier également ses successeurs d'avoir maintenu le cap.

Si le gouvernement nigérian suit les conseils d'Oxfam, un ultra-riche comme Dangote va délocaliser ses entreprises. Il peut recourir à des moyens artificiels pour transférer ses revenus et bénéfices dans des pays étrangers, et où les taux d'imposition sont très faibles, voire nuls comme dans les paradis fiscaux.», déclare Bachiru Sabu, spécialiste des institutions financières centrales.


...C'EST UNE QUESTION DE JUSTICE 

« Oxfam a raison. Les ultra-riches sont dans une sorte de service minimum. 

Il ne s'agit pas de dire que Dangote finance les fondations. C'est une question de justice et de morale. Si vous profitez du pays, il faut convenablement payer les charges sur la fortune. Oxfam international a raison.», décrypte l'expert financier, Boladi Mohamed.


Wilfried GBÊGAN correspondant au Nigeria 


lafriqueenmarche du 13 juillet 2025 No 952


Lire Aussi : Afrique/Lutte Contre La Pauvreté :  Substance Du Rapport d'Oxfam