L'Editorial de Murielle MENSAH

À la tête du Conseil des Béninois de France (CBF), l'inégalé Jean-Charles Ahomadegbé ne préside plus cette instance d'importance pour les compatriotes en hexagone. Quels sont les défis à relever par cette instance de la diaspora béninoise? 

Le Conseil des Béninois de France ouvre une nouvelle ère avec Hervé Adoukonou à sa tête. Depuis le samedi 29 novembre 2025, cette date doit marquer un nouveau tournant. 

En effet, depuis des années, le CBF est une organisation phare de la diaspora. Jean-Charles Ahomadégbé, figure historique de l'organisation, a donc transmis le flambeau à un nouveau bureau. 

Quels sont les défis à relever par cette instance pour marquer une nouvelle ère dans la gestion de la diaspora béninoise en France? Sous la direction de Ahomadégbé, le CBF a célébré ses 25 ans d'existence en janvier 2025. 

Comme statut, le CBF est une association déclarée (loi 1901) créée en 2007, dont le siège social est situé au 2 rue André Messager, 75018 Paris. À l'occasion, cette instance, a souligné son rôle de partenaire privilégié entre la diaspora et les institutions. D'abord, le nouveau bureau du Conseil des Béninois de France (CBF) doit poursuivre les missions de la structure au service de la diaspora, en surfant surtout sur un engagement soutenu pour l'inclusion. Et en la matière,  l'engagement soutenu pour l'inclusion ne doit se limiter à une simple déclaration d'intention. Il doit être un processus continu et proactif, qui vise à garantir que chaque membre, quelles que soient ses particularités, ait un véritable sentiment d'appartenance. 

Au CBF, l'inclusion doit être dans l'ADN de cette organisation, via des politiques de long terme, des budgets dédiés et un suivi régulier d'indicateurs de diversité. Aussi, s'agit-il pour le CBF, de miser sur une transformation systémique. En effet, il ne suffit pas d'inviter des profils divers à la table; il faut changer la structure même de la table. Cela implique d'identifier et éliminer les biais cognitifs pour un mode de gouvernance pour inclure les voix minoritaires dans la prise de décision. 

L'inclusion soutenue ne doit "gommer" une partie de l'identité pour s'intégrer. Il faut passer de la simple tolérance à la valorisation active des différences comme leviers d'innovation et de cohésion sociale. En clair, surfer sur la culture de l'appartenance (Belonging). Il faut donc relever le défi de la responsabilité partagée et faire du CBF, l'affaire de tous.La diaspora beninoise en France doit occuper une place stratégique. Elle ne doit plus se contenter d'être une simple source de transferts de fonds, mais un véritable pont multidimensionnel entre le Bénin et la France. Son rôle doit être également articulé autour de la solidarité et des opportunités économiques. Le CBF doit être un fer de lance de la solidarité agissante.

PARLANT DE DÉFIS 

La solidarité de la diaspora beninoise en France doit dépasser largement le cadre familial pour toucher des secteurs structurels. L'apport financier doit représenter une sorte de filet de sécurité sociale indispensable pour la santé et l'éducation. 

Grâce au CBF, le transfert de compétences (Brain Gain) doit être une priorité. Ce qui permet à de nombreux experts, ingénieurs et médecins de la diaspora, de  transformer la "fuite des cerveaux" en "gain de cerveaux". Le CBF doit davantage accompagner l'investissement communautaire pour aider l'État en matière d'infrastructures locales (écoles, dispensaires, puits). Ainsi, il faut mettre en place une forme de citoyenneté transnationale. 

Le CBF doit être un réservoir d'opportunités économiques et agir  comme un accélérateur de business et de vecteur d'innovation. Le CBF doit œuvrer pour l'entrepreneuriat "Dual" entre de plus en plus de "Repats" (ceux qui rentrent ou travaillent sur les deux continents).  Ce qui permettra de créer des entreprises qui répondent aux standards internationaux tout en étant adaptées aux réalités locales.

En matière de "Soft Power" et d'influence, le CBF doit changer la perception et favoriser une coopération plus agissante en matière d'investissement productif pour accompagner les start-ups, l'agriculture durable...

Le CBF ne doit plus être non seulement une communauté immigrée, mais un acteur géopolitique et économique majeur. Pluriel, donc loin d'être monolithe, avec des générations différentes, des origines variées et ses motivations, le CBF doit osciller entre le devoir moral envers la terre d'origine et l'ambition économique personnelle.

On ne saurait parler de CBF sans parallèlement évoquer le Haut conseil des Béninois de l'Extérieur (HCBE), présidé par Romain Da Costa. Et si ces deux structures faîtières collaborent étroitement pour une synergie d'action? 

L'Afrique en marche du 10 février 2026 No 1113