La Chronique internationale de Salifou DIAGNE

La guerre Russie/ Ukraine ou l'opération spéciale de Vladimir Poutine boucle quatre ans ce 24 février 2026. Et si on profitait de cette occasion pour analyser le recours aux  ressortissants africains par l'armée russe comme "Chair à canon" en Ukraine?

Les Africains sont de plus en plus enrôlés par l'armée russe pour faire la guerre en Ukraine.

Les dernières révélations du collectif "All Eyes on Wagner" en disent beaucoup. D'où l'évocation du concept "Chair à canon"

Selon le collectif "All Eyes on Wagner", depuis 2023, plus de 1 400 Africains ont été officiellement identifiés comme ayant rejoint les rangs russes, bien que le chiffre réel soit estimé à plusieurs milliers.

C'est par un système d'enrôlement par la tromperie et de fausses promesses, que de nombreuses recrues, notamment originaires du Kenya, de la Côte d'Ivoire, du Congo et du Cameroun, ont été attirées par des agences de recrutement contre  des emplois civils lucratifs (chauffeurs, gardiens de sécurité, électriciens) ou des bourses d'études.

Malheureusement, à leur arrivée en Russie, ces hommes sont contraints de signer des contrats rédigés en russe qu'ils ne comprennent même pas. 

UN PHÉNOMÈNE CONSTATÉ

Certains étudiants ou migrants en situation irrégulière se voient proposer le front de guerre en Ukraine comme alternative à la prison ou à l'expulsion. 

Les témoignages et vidéos circulant en février 2026 font état de conditions de combat atroces pour ces recrues.

Sur la base de ces témoignages concordants, des soldats africains sont souvent placés en première ligne dans les zones les plus dangereuses pour détecter les positions ukrainiennes.

Sur ce théâtre de guerre en Ukraine, on assiste à la réalité de la "Chair à canon" avec une optique de missions suicides. Ce qui vaut aux Africains, le qualificatif de troupes "jetables".

Sur ce théâtre d'opérations en Ukraine,  on assiste à des maltraitances et au  racisme, toujours grâce à des vidéos qui montrent des recrues humiliées par leurs commandants russes. 

Un cas emblématique est celui d'un homme nommé Francis, filmé avec une mine antichar attachée au torse et forcé de courir vers les lignes ennemies sous les insultes. Le bilan humain n'est pas reluisant. Sur un échantillon de 1 417 combattants recensés par le collectif "All Eyes on Wagner", au moins 316 décès ont déjà été confirmés début 2026. 

COMPARAISON AVEC LA FRANCE COLONIALE 

Le recours documenté de "Chair à canon", de la part de l'armée russe peut-il induire une comparaison comme ce fut le cas avec la mobilisation coloniale utilisée par la France lors des deux guerres mondiales? 

L'expression "Chair à canon" est volontairement utilisée par les critiques pour tracer un parallèle avec les "Tirailleurs sénégalais" et autres troupes coloniales envoyées par la France en première ligne lors des conflits européens passés. 

En réponse, les gouvernements africains commencent à réagir fermement. Le Kenya a qualifié d'« inacceptable» l'utilisation de ses citoyens comme chair à canon et a lancé des enquêtes sur les agences de recrutement illégales.

La Russie, de son côté, nie tout enrôlement forcé, parlant de «propagande dangereuse » tout en admettant que des étrangers peuvent s'engager « volontairement ».

Le phénomène de la "Chair à canon", est une réalité brutale où l'humain est réduit à une simple variable d'ajustement tactique au cœur de l'industrie du sacrifice. L'expression, née sous la plume acide de Chateaubriand dans son pamphlet contre Napoléon, fige en trois mots une tragédie universelle.

Oui, la transformation du vivant en matériau consommable. La "chair à canon" n'est pas un soldat que l'on honore, c'est une ressource que l'on épuise.

Dans l'ombre des états-majors, de la France coloniale, le destin individuel s'efface devant le calcul des probabilités. On envoie des hommes, souvent les plus jeunes, les moins formés ou les plus précaires, non pas pour conquérir, mais pour user les munitions de l'adversaire. 

Durant la France coloniale, c'est une guerre de soustraction où la victoire appartient à celui qui dispose de la réserve de vies la plus profonde. Durant la France coloniale, de la boue des tranchées de 14-18, décrite avec une puissance viscérale dans "Le Feu de Henri Barbusse", aux conflits modernes où des mercenaires sont jetés en première ligne, le mécanisme reste le même. 

On déshumanise le combattant pour mieux tolérer son sacrifice. Il devient une « unité », un pion sur un échiquier dont il ne voit jamais les bords.

Pourtant, derrière chaque statistique, il y a le fracas du stress post-traumatique et des vies brisées. Parler de "Chair à canon", c'est refuser l'euphémisme des « pertes collatérales » pour regarder en face cette vérité crue. Le canon est un ogre, et c'est notre jeunesse qu'on lui donne en pâture.

On n'a pas besoin d'être  un poète de guerre ou plutôt spécialiste de géopolitique actuel pour critiquer cet héritage français. Même si comparaison n'est pas raison, de la France à la Russie, et si  dénonçait un phénomène du même au même ? 

L'Afrique en marche du 24 février 2026 No 1123