Au Sénégal, dans le cadre constitutionnel sénégalais, Faye pourrait-il effectivement démettre Sonko de ses fonctions de premier ministre suite à la crise universitaire qui englue le Sénégal et qui a fait un mort? Dès spécialistes de droit constitutionnel se prononcent.

À la question « Si la crise universitaire suivie de la féroce répression policière du 9 février dernier, pourrait-elle élargir le conflit public qui s'est manifesté entre les deux têtes de l'exécutif suite au meeting du 8 novembre dernier sous le parapluie de Sonko ? », les avis sont partagés dans le rang des spécialistes du droit constitutionnel.

« Quand bien même on sait que cette répression policière est un acte assumé par le gouvernement sous l'égide de Sonko, le président Faye n'a pas intérêt à élargir les lézardes...», argumente un constitutionnaliste sénégalais.

Il poursuit : «Certes, la crise universitaire élargit la question cruciale d'antagonisme au sommet. Le président Faye aura du mal a exploiter le constitutionnel sénégalais pour démettre de ses fonctions le premier ministre du fait de cette crise universitaire...».

Le même spécialiste semble dire que : « Même si théoriquement le président pourrait avoir un pouvoir de révocation, plusieurs freins rendent cette action peu certaine, car il ne faut pas ajouter la crise à la crise.».

«Même s’il était légalement possible de démettre Sonko, cela impliquerait des risques politiques majeurs.  Sonko dispose d’une forte base populaire et d’un parti influent. Le limoger pourrait entraîner une crise de gouvernance ou provoquer une rupture brutale du pouvoir exécutif.», dit-il pour boucler son éclairage.

Un autre averti du droit constitutionnel fait également part de son analyse. « Il y a le raccordement à la majorité parlementaire qui est un élément déterminant à ne pas négliger. En effet, dans le système sénégalais, la majorité parlementaire et la reconnaissance des rôles jouent un rôle important dans l'attelage exécutif (présidence de la République et primature)...».

Il martèle encore : «  Malheureusement, le premier ministre a la confiance du Parlement. Dès lors, sa stabilité n'est pas menacée, surtout que cela fonctionne plus par motion de censure que par révocation pure et simple présidentielle...».

« En cas de révocation arbitraire, un tel acte pourrait être interprété comme un affaiblissement des institutions ou une dérive autoritaire, particulièrement dans un contexte où l’unité du pouvoir est déjà fragilisée...»

CEUX QUI DISENT LE CONTRAIRE 

« Si le président Faye sait exploiter le cadre constitutionnel, il peut s'appesantir sur des éléments clés pour limoger le premier ministre...», semble dire un autre constitutionnaliste.

Il poursuit le débat et conclut  : « Le poste de premier ministre avait été aboli en 2019 par une réforme constitutionnelle, puis la situation est restée floue suite à sa réintroduction avec le pouvoir Pastef.».

Un autre spécialiste de droit explique à son tour : « Si le premier ministre est nommé par le président de la République, il peut être bel et bien être démis...».

Le constitutionnaliste fait encore savoir : « Premièrement, il a le statut flou de la fonction. Si le poste de premier ministre est légalement aboli ou mal défini, sa révocation devient juridiquement possible, même si elle est problématique...»

ÉVITER LA DIVISION 

Un autre regard averti du droit constitutionnel insiste : « La cohésion de la majorité gouvernementale n'est pas menacée, mais secouée.  Quand les désaccords publics affaiblissent l’image d’union de la majorité, le président Faye ne peut se permettre de démettre le premier ministre...».

Il poursuit : « Le risque d’éclatement du pacte politique entre l’exécutif et le parti au pouvoir n'est pas réel. Si Sonko et le Pastef sentent leur influence diminuer, ils pourraient s’opposer et fragiliser le président Faye...».

Il réitère encore : « Le Sénégal entre dans une phase de vérification des forces, où chacun des deux protagonistes, cherche à affirmer sa position pour l’avenir...».

Un autre intervenant dans ce débat, décortique à son tour : « L'histoire du Sénégal nous rappelle deux contingences survenues en référence aux précédentes ruptures majeures de l’histoire politique sénégalaise. Il y a eu la rupture entre Senghor et Mamadou Dia en 1962 et Wade-Idy en 2004. 

Il poursuit : « Si le président Faye prend le risque de la rupture, il devra renforcer son pouvoir présidentiel en s’appuyant sur d’autres cadres que Sonko, et  marginaliser progressivement celui-ci...».

« Quant à Sonko, il lui reviendra de se repositionner comme force d’opposition interne ou externe à la majorité...», déclare-t-il encore.

« La rupture n'est dans l'intérêt des deux. Au-delà, un arrangement pourrait être négocié avec un partage repensé des rôles. Cela exige une volonté de compromis..», affirme-t-il encore.

« Au regard de tous ces éléments d'appréciation, Bassirou Diomaye Faye sait désormais les risques institutionnels et réputationnels encourus en cas de limogeage de Ousmane Sonko, même si l'alliance politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et le premier ministre, Ousmane Sonko connaissait déjà des tensions croissantes.», dit-il pour conclure.

Blanchard LAWSON 

L'Afrique en marche du 16 février 2026 No 1117