Un étudiant de l'Université de Dakar, a trouvé la mort le 9 février dernier, au comble de la répression du dernier mouvement universitaire. Au cœur du pouvoir, Ousmane Sonko, dont la redoutable machine politique, a déraillé est-il désormais affaibli? La mort de l'étudiant Aboudoulaye Ba sera-t-elle un tournant pour la gouvernance Sonko?
Quand Ousmane Sonko, a pris les rênes de la primature, avec le Pastef comme sa "propriété politique", rien ne pouvait l'ébranler.
Surtout, après sa démonstration lors du rassemblement du 8 novembre dernier, où des milliers de militants, ont convergé pour lui faire allégeance, la mort de cet étudiant sera-t-elle un élément modificateur ?
En effet, après l'euphorie qui régnait en dépit de quelques nuages amoncelés dans le ciel politique du fait de l'antagonisme avec le président Bassirou Diomaye Faye, la mort de cet étudiant est de nature à fragiliser Ousmane Sonko.
Si le meeting du 8 novembre dernier illustre autant un succès massif de mobilisation que la confirmation d’un contrôle interne sans précédent, la crise universitaire est de nature à éroder la position stratégique de Sonko.
Sans aucun doute, le premier ministre, a une domination politique importante. Il tient les verrous du pouvoir avec plusieurs ministères stratégiques (Intérieur, Justice, Enseignement supérieur...), des départements confiés à ses fidèles sans oublier de nombreux services administratifs jadis rattachés directement à la présidence, passés sous son contrôle.
CONTENIR LA COLÈRE UNIVERSITAIRE
Et comme ce sont les proches de Sonko qui auraient autorisé les forces de l'ordre (dont les mains lourdes ont fait un mort et près d'une centaine de blessés), la fronde politique contre Ousmane Sonko, va de soi.
Dès lors, il revient au premier ministre de trouver les voies et moyens pour contenir la colère dès étudiants même s'il y a une sorte d'éveil bien orchestrée contre lui.
Aura-t-il les moyens de sa politique? Ousmane Sonko doit faire preuve de capacité à endiguer la colère estudiantine.
Sonko sait qu'il ne doit laisser perdurer le désenchantement d'une base militante puissante impulsée par la jeunesse, cette base à dominance universitaire, comme fer de lance, qui malheureusement voue aujourd'hui aux gémonies, le pouvoir de Sonko.
Le premier ministre saura-t-il se réconcilier avec une jeunesse frappée jusqu'au sang ?
Ousmane Sonko dispose d’une machine efficace avec un cadre élargi. Tout ceci lui donne un avantage logistique et stratégique.
Il ne faut surtout pas banaliser sa position exécutive forte. En tant que chef du gouvernement, qui conserve une influence majeure sur son parti, Sonko doit dorénavant savoir conjuguer pouvoir institutionnel et contrôle politique du parti.
ET L'ÉNIGME FAYE DANS CETTE SITUATION ?
Dans le contexte actuel, le président Bassirou Diomaye Faye profitera-t-il pour enfoncer Sonko à la fois par rapport à sa base militante et ses leviers administratifs ?
Sonko a en main une redoutable machine, dont la verticalité et le fonctionnement centralisé ne font plus l'unanimité. Cette configuration du premier ministre, peut être perçue comme un État dans l’État. Ce qui soulève des questions sur la séparation des pouvoirs et l’équilibre institutionnel avec le président Faye.
Dans son antagonisme avec Diomaye Faye, le premier ministre doit-il avoir à l'oeil le président de la République?
Il ne peut en être autrement. « L'homme met en place son plan en ligne droite. Cependant, les circonstances établissent les détours.», enseigne William Sinclair.
Et si Ousmane Sonko en fait sienne cette maxime ?
Ibrahim DIALLO
L'Afrique en marche du 16 février 2026 No 1117


