La Chronique internationale de Radji SANOUSSI

Faure Gnassingbé célèbre ce 5 février 2026,  21 ans de pouvoir au Togo. En dépit des problèmes domestiques, sa logique ira-t-elle jusqu'à l'usure du pouvoir ?

Faure est affectueusement appelé par ses homologues : "doyen de l'Afrique de l'ouest". Avec 21 ans de pouvoir, aucun autre chef d'État de cette sous-région ne fait mieux que lui. 

Depuis 2025, cette longévité à la tête du Togo est marquée par une mutation structurelle du régime vers un système parlementaire.

En effet, succédant à son père Gnassingbé Eyadéma en 2005, il a consolidé son autorité à travers plusieurs mandats présidentiels avant de devenir, le 3 mai 2025, le premier président du Conseil des ministres de la V ème République. 

STRATÉGIE DE CONCENTRATION DU POUVOIR 

La réforme constitutionnelle adoptée en mai 2024 a transformé le paysage politique togolais. D'abord, il y a le 

changement de fonction. Faure Gnassingbé a quitté la présidence de la République (devenue une fonction honorifique occupée par Jean-Lucien Savi de Tové depuis mai 2025) pour le poste de président du Conseil.

Mieux, par son parti majoritaire au pouvoir Unir (Ex RPT), a un contrôle législatif total. Avec ce parti, l'Unir qui dispose 108 des 113 sièges lors des législatives d'avril 2024, Faure Gnassingbé verrouille ainsi les institutions. Avec son titre de président du Conseil, Faure Gnassingbé a la direction effective du gouvernement et des forces armées sans limite de mandat direct par le suffrage universel.

Cependant, malgré cet habillage institutionnel,  les difficultés politiques et sociales domestiques font peser un climat intérieur tendu.

EN DÉPIT DE TOUT, POURSUIVRE...

Malgré les mouvements de protestation en juin 2025 contre son maquillage institutionnel particulier, Faure Gnassingbé a su une nouvelle fois surmonter les zones de turbulences. 

Faure Gnassingbé n'est pas né de la dernière pluie. Il sait encaisser les coups et renvoyer une image de résilience stoïque, mais aussi d'isolement politique avant de rebondir.

Cette posture, entre stratégie de stabilité et risque de rupture avec le peuple, lui permet de renvoyer une image de "Force Tranquille". Pour Faure Gnassingbé, ignorer le "bruit" des secousses sociales est également un choix tactique délibéré visant à projeter une image de stabilité.

Mieux, pour Faure Gnassingbé, c'est tout comme si la primauté du temps long se place au-dessus de l'immédiateté politique. Il considère que les réformes structurelles nécessitent de l'impopularité à court terme pour des bénéfices à long terme.

Et en s'accrochant à la légitimité institutionnelle, en continuant de dérouler  son agenda, c'est une manière de dire : « Les institutions fonctionnent, le cap est maintenu. »

En juin 2025, à l'entame des mouvements de protestation, Faure Gnassingbé a misé sur l'usure de la contestation. Parfois, l'immobilisme apparent est également une arme pour lui. 

...SON BONHOMME DE CHEMIN 

En ne réagissant pas aux secousses, le pouvoir parie sur l'essoufflement des mouvements sociaux. Ayant constaté le contraire, avec les risques de la "Tour d'Ivoire", son régime a dû durcir le ton face aux manifestants.

Et dans un contexte international où les marchés financiers et les pressions diplomatiques ne pèsent plus sur les régimes dictatoriaux, le déni de réalité est aussi une arme majeure.

À force de briser les mouvements de protestation, le régime Unir n'est jamais paru déconnecté. À la "détermination" du peuple souverain en protestation, il faut agir et non répondre par le "mépris". Il faut agir même si le peuple fait part de ses souffrances réelles.

Et quand le pouvoir réagit brutalement, la radicalisation de l'opposition ne fait plus le poids. En effet, quand les voies de dialogue classiques semblent bouchées parce que le président "poursuit son chemin" quoi qu'il arrive, l'opposition n'a pas le choix. Pour l'opposition,  elle marche également sur les œufs, même si elle monte également le ton, elle ne choisit jamais de basculer de la manifestation pacifique vers des formes plus radicales.

Au début de la contestation en juin 2025, que ne fut la surprise de constater l'activisme de l'ancienne ministre de la Défense, Madame Gnakaté. On avait cru à l'érosion de la base politique de l'Unir avec ses alliés de la majorité. Cependant, rien n'y fit. Finalement, elle a été seule. D'autres dans la majorité au pouvoir n'ont pas lâché Faure Gnassingbé.

Et en ce 21 ème anniversaire de pouvoir, Faure Gnassingbé poursuit son bonhomme de chemin avec un exercice d'équilibriste. Cela lui permet d'aboutir à des résultats concrets même si ces derniers ne finissent par convaincre les sceptiques.

En 21 ans de pouvoir, chaque Togolais peut trancher quand il s'agit de faire la différence entre un grand réformateur et un dirigeant autocratique, sur la base de la réussite finale (ou non) des projets poursuivis contre vents et marées.Faure Gnassingbé avec son poste taillé sur mesure de président de Conseil, sera certainement encore au pouvoir pour longtemps. Va-t-il transformer le temps à venir en une longue agonie politique où le président gouverne contre son peuple? 

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L'Afrique en marche du 5 février 2026 No 1110