"Excellence Universitaire : Le Classement Qui Sonne L'heure Du Réveil Des Universités De L'Afrique Francophone", tel est l'intitulé de cette chronique.

L'heure d'une révolution universitaire en Afrique francophone a sonné. Car à la convergence de la bataille des intelligences, il n’est plus tolérable que nos temples du savoir restent à quai, dans un contexte global où la culture de l’excellence n’est plus une option. Car comment accepter que dans cette urgence du moment, où le savoir est devenu puissance, nos universités ne puissent pas figurer parmi les meilleures et peinent ainsi à rejoindre l'élite africaine ? 

Plus de doute, elles sont à la croisée des chemins et ont le devoir d’inverser la tendance. Entre héritage, réformes et renaissance, le défi de l'excellence s’impose.

« Le savoir est pouvoir.». Cette célèbre maxime de Francis Bacon n'a sans doute jamais été aussi actuelle. Au XXIᵉ siècle, les Nations ne se distinguent plus seulement par leurs ressources naturelles ou leur puissance militaire, mais par leur capacité à produire des connaissances, à innover et à transformer l'intelligence en richesse. 

De ce point de vue, les universités sont devenues le cœur battant de cette nouvelle géopolitique du savoir. 

SUBSTANCE D'UN RAPPORT 

Malheureusement comme un baromètre, le dernier classement World's Best Universities 2026-2027 de U.S. News & World Report, vient opérer comme un révélateur des tares et lacunes de nos Universités d’Afrique francophone. Et pour cause !  

Sur les 10 meilleures universités d'Afrique, neuf sont sud-africaines ou égyptiennes, tandis que l'Université d'Ibadan, au Nigeria, représente seule l'Afrique de l'Ouest. L'Afrique francophone, elle, est totalement absente.  

Ce silence dans ce palmarès est plus qu'une statistique : c'est un signal d'alarme. En plus qu’il mesure la qualité des cours et le talent intrinsèque des étudiants, il évalue également la recherche scientifique, l'influence des publications, les collaborations internationales et la réputation académique. 

S’il en est ainsi pourquoi alors, l'Afrique francophone peine-t-elle à s'imposer ? Surtout si l’on sait que plusieurs de nos Etats consacrent une part de leur budget au secteur de l’éducation. Le premier niveau de la capitulation est justement là : le nerf de la guerre, l’une des causes profondes de ce tableau très peu reluisant. 

DÉFIS À RELEVER 

Ainsi donc, la première raison tient au financement. En vérité, beaucoup d'universités vivent dans une logique de survie budgétaire. Puisque les ressources disponibles servent principalement à assurer le fonctionnement quotidien, laissant peu de marge pour équiper les laboratoires, financer les projets de recherche ou soutenir les doctorants. 

Or, comme le rappelait Nelson Mandela, «L'éducation est l'arme la plus puissante que l'on puisse utiliser pour changer le monde.». Encore faut-il donner à cette arme, les moyens de son efficacité y compris, la disponibilité de bons profils pour porter la charge de cette éducation. 

Et c’est là qu’apparait le deuxième défi : la faible production scientifique. Étant entendu que de nombreux enseignants-chercheurssouvent brillants, consacrent l'essentiel de leur temps à des charges d'enseignement, à des responsabilités administratives ou à des consultations extérieures destinées à compléter leurs revenus. Dans ces conditions, produire des recherches de niveau international devient un véritable parcours d'obstacles.

Le troisième facteur est l'internationalisation insuffisante. Les grandes universités sud-africaines ou égyptiennes ont compris très tôt que la science se construit en réseaux. Elles multiplient les partenariats, attirent des chercheurs étrangers, participent aux grands projets internationaux et publient dans les revues scientifiques les plus influentes. 

À cela s'ajoute une réalité incontournable : la domination de l'anglais comme langue de la science mondiale. Sans renoncer au français, les universités francophones doivent permettre à leurs chercheurs de publier davantage dans les espaces scientifiques internationaux afin d'accroître leur visibilité.

Le système français a formé des générations de scientifiques de renom. Le véritable défi réside dans son adaptation aux réalités africaines et aux exigences d'une économie mondiale fondée sur l'innovation. Comme le disait Albert Einstein : « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés.». 

Mais en plus de toute cette litanie, l'une des plus grandes crises de l'enseignement supérieur aujourd'hui en Afrique francophone, est le décalage entre ce que les universités enseignent et les compétences réellement recherchées dans un monde transformé par l'intelligence artificielle. 

Cette inadéquation des curricula a plusieurs conséquences majeures : une employabilité en baisse, un chômage croissant des diplômés, une perte de valeur de certains diplômes, une frustration des jeunes et un manque de compétitivité des économies. 

INVERSER LA TENDANCE

Il faut donc réinventer l'université qui ne doit plus seulement transmettre des connaissances, mais former des professionnels capables de travailler avec les technologies émergentes et de créer les métiers de demain. Dans un monde où l'IA peut reproduire une partie du savoir, la véritable valeur de l'être humain devrait résider désormais dans ce que la machine ne peut pas facilement remplacer : le jugement, l'éthique, la créativité, l'intelligence émotionnelle, le leadership et la capacité d'innover. 

C'est sur ces compétences que l'université du XXIᵉ siècle devrait concentrer ses efforts. Cet impératif, les universités dont on célèbre aujourd’hui l’excellence, l’ont compris depuis des lustres et s’emploient à maintenir la dynamique. 

Les réformes ne peuvent être de simples ajustements administratifs ; elles doivent transformer la culture même de l'université. 

Une université d'excellence repose sur l'autonomie, l'évaluation, la transparence et la méritocratie. Là où les décisions académiques cèdent le pas aux considérations politiques ou bureaucratiques, l'excellence finit par s'effacer. 

Les enseignants ne peuvent donner le meilleur d'eux-mêmes lorsque les amphithéâtres débordent, alors que les équipements sont insuffisants ou que les bibliothèques numériques sont limitées. 

Les universités qui excellent ne bâtissent pas leur réputation par hasard. Elles investissent durablement dans la recherche, recrutent des enseignants de haut niveau, favorisent les publications internationales, développent des incubateurs d'entreprises, valorisent les brevets et entretiennent des liens étroits avec les secteurs productifs. 

Le philosophe Edgar Morin nous rappelle que : « La connaissance est une aventure incertaine qui comporte en elle-même et en permanence le risque d'illusion et d'erreur.».

C'est précisément pourquoi, les universités doivent demeurer des lieux de créativité, d'esprit critique et d'innovation permanente. L'Afrique francophone est-elle condamnée à rester à l'écart et à vivre sur le bas-côté de la chaussée?

Certainement pas. L'histoire montre que les grandes transformations commencent souvent par une prise de conscience. L'Afrique francophone dispose d'un nombre croissant de jeunes, d'enseignants compétents, d'une diaspora scientifique de haut niveau et d'un potentiel considérable. 

Encore faut-il créer un environnement capable de retenir les talents, de financer la recherche, de valoriser l'excellence et d'encourager les partenariats internationaux. 

Le penseur sénégalais Cheikh Anta Diop écrivait : « Armez-vous de science jusqu'aux dents.». Cette formule résonne aujourd'hui comme un véritable programme politique. Les matières premières s'épuisent ; le savoir, lui, se multiplie lorsqu'il est partagé. 

Pour le poète martiniquais, Aimé Césaire fait savoir : « Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.». 

On admet alors qu’une Nation qui néglige ses universités compromet sa capacité à inventer son avenir. L'absence des universités francophones africaines dans ce classement n'est donc ni une fatalité ni une condamnation. C'est un appel à changer d'échelle, à renouer avec des paradigmes performants, à dépasser la logique des réformes ponctuelles, pour bâtir une véritable stratégie de souveraineté scientifique. 

La richesse des Nations ne se mesurera plus uniquement à ce qu'elles extraient de leur sous-sol, mais à ce qu'elles produisent dans leurs laboratoires, leurs bibliothèques et leurs centres de recherche. 

L'avenir de l'Afrique ne se jouera pas seulement dans ses mines, ses ports ou ses marchés. Il se jouera aussi et surtout, dans ses universités !

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L'Afrique en marche du 07/07 2026 No 1220