L'Editorial de Murielle MENSAH

Que reste-t-il de la Conférence nationale, cette rencontre mémorable du 19 février 1990 ? Quels sont les grands marqueurs politiques et historiques 36 ans après pour notre  pays ?

Après la Conférence nationale des forces vives de la Nation (19-28 février 1990), le Bénin continue son bonhomme de chemin, parlant d'actes  politiques et historiques qui traversent toujours le temps.

ACQUIS DEMEURÉS...

Cet événement inoubliable, a marqué la fin du régime militaro-marxiste et la naissance d'un modèle de transition pacifique par le dialogue. 

En effet, par la souveraineté du dialogue national, la conférence a prouvé qu'un peuple peut reprendre son destin en main sans effusion de sang. En la matière, n'oublions pas que le Bénin a été un modèle imité par la suite dans de nombreux pays africains. Parlant des actes  politiques et historiques, cette rencontre mémorable, donne toujours un socle à  notre État de droit avec la séparation des pouvoirs.

On doit également souligner la culture du consensus. En effet, la conférence a légué l'idée que les crises politiques peuvent se résoudre par le débat inclusif, grâce à la société civile, au clergé et aux acteurs politiques.

La laïcité de l'État est également un principe réaffirmé qui garantit la neutralité confessionnelle et la paix sociale entre les différentes croyances.

36 ans plus tard, le défi reste de transformer les acquis démocratiques en progrès socio-économiques tangibles. Dans cette perspective, le pays s'est successivement doté d'une nouvelle vision stratégique. 

La dernière version de l'agenda "Bénin Alafia" à l'horizon 2060, lancé il y a quelques jours en grandeur nature par le régime Talon, donne au pays, une impulsion intéressante centrée sur la prospérité partagée.

...MAIS DES CHANGEMENTS NOTABLES

Cependant, on ne saurait ignorer la fragilité des acquis. Les débats actuels au Bénin montrent que la démocratie est une construction permanente.

La 8 ème et la 10 ème législature avec une connotation monocolore, démontrent que le multipartisme intégral est désormais aux antipodes de l'esprit de la Conférence nationale.

En effet, après l'expérience de 2019 à 2023, sans l'opposition parlementaire, le Bénin inaugure malheureusement une nouvelle fois cette expérience 2026 à 2033.

Les réformes du système partisan soulignent des bégaiements en dépit de la nécessité d'adapter l'héritage de 1990 aux réalités contemporaines. 

Le passage du quinquennat au septennat relève également de cette logique.

De 1990 à 2026, les institutions ont évolué, l'esprit de l'Hôtel PLM Alédjo, reste la boussole morale de la vie politique béninoise. Tout ceci rappelle que la paix repose sur le compromis.

Le Bénin, pionnier du renouveau démocratique en Afrique francophone, qui se rappelle chaque 19 février de cet événement qui coïncide désormais avec la journée mondiale de la baleine, a plus ou moins mis de l'eau dans sa liberté d'expression légendaire.

Le pluralisme médiatique sans précédent, qui a émergé, a transformé l'espace public avec une nouvelle biodiversité surtout à l'heure des réseaux sociaux. 

36 ans après, le Bénin doit relever l'importance de la mémoire pour les nouvelles générations. Que faire pour que la Conférence nationale devienne un objet d'étude et un repère identitaire essentiel du pays ? 

L'Afrique en marche du 19 février 2026 No 1120