L'Editorial de Murielle MENSAH

Le National Democratic Institute (NDI), en fin de mission d'évaluation au Bénin avant la présidentielle du 12 avril prochain, a projeté un regard critique sur les lendemains du pluralisme dans notre pays. Le rapport de fin de mission était-il à juste titre ou trop tranché ?

Le NDI qu'on ne présente plus, est illustre. Dans le monde, ses évaluations comptent. Mieux, sous la juridiction et la protection des USA, le NDI a la capacité de faire déferler sans peur, sa vague de critiques, contre tout pays. Et quand, le NDI procède ainsi, il n'y a souvent pas de parade.

« PEUR SUR LA VILLE...», DIXIT LE NDI...

Fort de ce privilège juridictionnel, le NDI  déroule souvent à l'artillerie lourde. Et le Bénin n'y a pas échappé avec l'évaluation de Catherine Samba-Panza ex présidente de la République Centrafricaine et de Jorge Fonseca, ancien président de Cap-Vert.

« Il y a la peur sur la ville...», dixit Catherine Samba-Panza pour peindre les dérives dictatoriales dues à l'absence de pluralisme parlementaire et communale après le double scrutin du 11 janvier 2026.

Et au terme de cette évaluation, la délégation a eu recours à un texte qui mêle solennité, engagement et critiques pour souligner les  paradoxes de la démocratique béninoise, jadis enviée.

Sur la base de la  géographie des fondamentaux démocratiques qui ne se trace pas sur les cartes, Catherine Samba-Panza sur le sol de nos ancêtres, a fait l'état des lieux avec des vérités.

Sans filtre, la Centrafricaine a dénoncé l’érosion d’un État de droit pour pointer du doigt le mirage d’une démocratie de façade. Sous la voûte protectrice des États-Unis, Catherine Samba-Panza, a repris la voix de l’exilé, celle de l’intellectuel ou du citoyen engagé. 

Catherine Samba-Panza, n'a pas eu un murmure craintif comme dans une ruelle de Cotonou, de Porto-Novo, de Parakou, de Tchoumi-Tchoumi... Résultat, le rapport de cette évaluation a été un écho puissant, car la protection américaine n'est pas seulement un visa, c'est un bouclier. 

En terre américaine, le Premier Amendement devient le garant de la dignité africaine. Sous cette protection américaine, Catherine Samba-Panza et Jorge Fonseca ont eu le droit de dire et d'avoir le courage, la bravoure de faire cette évaluation.

... MAIS AVEC DES CORRESPONDANCES LOIN DE LA VÉRITÉ ?

Cependant, peut-on reprocher à la délégation du NDI la facilité à critiquer alors que le mal est fait ? Et que dire des dysfonctionnements internes au parti "Les Démocrates" ? 

Au-delà de la force de conviction pour dénoncer l'état des lieux de la démocratie béninoise, on peut reprocher à cette délégation, la formule des visionnaires du passé. Prenant le cas des dysfonctionnements internes au parti "Les Démocrates", la disqualification du duo présidentiel de ce parti n'incombe-t-elle plus au mauvais choix de Boni Yayi, choix rejeté par certains ténors de cette formation politique ? 

Sans le procès des ombres au parti "Les Démocrates", sans une part de responsabilité de l'opposition dans ce qui s'est passé, c'est une élégance bien facile que de juger l'inconfort de la démocratie béninoise depuis le confort du lendemain. 

Le courage de pointer du doigt les fissures dans le mur démocratique béninois, sans faire la part des responsabilités ne relève-t-il pas d'un regard étriqué ?

L'Afrique en marche du 23 février 2026 No 1122