L'Editorial de Murielle MENSAH 


Le débat sur l’adoption du septennat présidentiel fait toujours débat au Bénin depuis le samedi 15 novembre dernier. Présenté par certains comme une garantie de stabilité économique à long terme, il est dénoncé par le parti "Les Démocrates" de Yayi comme un risque de dérive politique et de réduction des contre-pouvoirs. Entre avantages économiques et désavantages politiques, l’équation n'est-elle pas délicate? 

Un mandat long est un atout pour l’économie  selon les partisans de la mouvance présidentielle sous l'égide de Talon.

En effet, pour les partisans du pouvoir, le septennat offre entre autres, un atout majeur. C'est le temps. 

Dans un contexte où les réformes structurelles demandent souvent plusieurs années avant de produire des effets concrets, un mandat de sept ans permet est l'alternative saluée, et ce pour plusieurs raisons.

Le septennat offre une meilleure planification économique. En effet, un chef d’État peut lancer des programmes ambitieux en matière d'industrialisation, infrastructures, énergie, éducation sans la pression d’une campagne électorale trop rapprochée.

Les cycles économiques étant plus longs que les mandats de quatre ou cinq ans, un septennat réduit les ruptures et favorise des stratégies cohérentes.

Ensuite, le septennat offre une garantie de stabilité et de continuité économique. 

En effet, un mandat de sept ans prolonge et renforce la confiance des investisseurs étrangers, souvent réticents face à des transitions rapides ou incertaines.

Enfin, un mandat long limite les changements brusques de politiques économiques. Ce qui donne la possibilité d’évaluer correctement les réformes.

Avec sept ans, un gouvernement peut mener une politique publique jusqu’à son terme, ce qui permet aux populations de juger sur des résultats tangibles, et non sur des débuts inachevés.


...INQUIÉTUDES ET GRISE MINE

Un septennat inquiète sur le plan politique le parti "Les Démocrates".

Contrairement à la mouvance, les critiques sont très fortes chez militants du parti de Boni Yayi.

Pour cette frange de la classe politique, le septennat présente plusieurs risques démocratiques.

D'abord, il y a le danger de la concentration du pouvoir. En effet, un mandat très long peut affaiblir les contre-pouvoirs et renforcer la tentation de personnalisation du pouvoir.

Lorsque les élections s’espacent trop, les citoyens perdent une partie de leur capacité à sanctionner rapidement les dérives.

Ensuite, il y a la réduction du débat public. Dans un système politique où les moyens d’action sont souvent limités, attendre sept ans (ou attendre 14 ans si l'élu fait de deux mandats) pour espérer une alternance réduit le débat public et affaiblit la vitalité démocratique.

Enfin, il y a le risque de blocage politique. En cas de crise politique ou de rupture, un mandat long peut devenir un piège.

Sans mécanismes de sortie de crise, le pays peut rester plusieurs années sous tension.

En clair, le septennat peut être une opportunité de réformes économiques profondes dans un pays stable.

Cependant, certains craignent un contexte politique fragile marqué par les dérives autoritaires, car un mandat trop long peut devenir un outil de verrouillage politique.

Sur le tracé du septennat, entre bénéfices économiques et inquiétudes politiques, le débat reste ouvert.


lafriqueenmarche du 19 novembre 2025 No 1049