C'est fait. Depuis ce 15 novembre, la scène politique béninoise est de nouveau traversée par un débat majeur. Il s'agit du passage du mandat présidentiel de cinq ans à sept ans. Dans les deux landerneaux politiques, c'est un vif échange entre partisans de la stabilité institutionnelle et défenseurs de la continuité démocratique. Entre arguments du camp présidentiel et ceux de l'opposition incarnée par le parti "Les Démocrates", l'avis d'un expert constitutionnel au titre des cercles académiques, départage les uns et les autres.

Le basculement au septennat s’inscrit dans une logique de : « Rationalisation de l’action gouvernementale...», explique un ténor de la mouvance présidentielle contacte après la révision de la Constitution. 

Il poursuit : « Un mandat de cinq ans est trop court pour mener à bien des réformes profondes, en particulier dans les secteurs sociaux, financiers et sécuritaires...». 

Il soutient encore : « Un mandat plus long permet davantage une  cohérence dans l'action publique gouvernementale et éviterait la pression permanente des cycles électoraux.».


...AUX ANTIPODES 

À l’opposé, un responsable du parti "Les Démocrates", alerte sur les risques suite à  cette révision. Selon lui: « Un allongement de la durée du mandat ouvre la voie à un affaiblissement des contre-pouvoirs...».

Il poursuit et analyse : « Ce passage au septennat porte atteinte à l’équilibre démocratique patiemment construit depuis la Conférence nationale de 1990.».

Il rappelle également : « La révision du 1er novembre 2019, où la révision de la Constitution a servi de prétexte pour un alignement des mandatures des institutions de contre-pouvoirs et des élections générales de 2026 n'est plus valable six ans après. C'est regrettable ce qui vient de se passer, car la maturité démocratique du Bénin qui a déjà pris un coup suite à  la disqualification du duo présidentiel LD, l'est davantage.» 

« La respectabilité démocratique du Bénin, qui repose sur une stabilité institutionnelle très enviée en Afrique de l’Ouest est désormais terminée.», dit-il pour conclure.


AU-DELÀ DES CAMPS POLITIQUES, REGARD D'AVISÉ...

« Au Bénin, toucher à la Constitution, demeure une question délicate. La révision du 15 novembre 2025, garantit toujours l’alternance et la limitation stricte de deux mandats. En dépit du passage au septennat, la limitation à deux mandats est considérée comme un acquis majeur...», explique le spécialiste du droit constitutionnel.

« Cependant, modifier la durée du mandat présidentiel revient à toucher à l’architecture même du système politique. Ce qui devrait nécessiter un large consensus national.», dit-il pour conclure, tout en insistant sur le fait que la Constitution de 1990 est un texte sensible pour les Béninois. 

Mieux, notre expert passe en revue les arguments des deux camps politiques qui se regardent en chiens de faïence.

Selon lui, les promoteurs du projet avancent trois lignes de justification principales. 

« Il y a d'abord, l'efficacité des réformes. En effet, sept ans offriraient le temps nécessaire pour concevoir, mettre en œuvre et évaluer de grandes réformes...», dit-il. 

« Ensuite, il y a la réduction des coûts électoraux, car des élections moins fréquentes diminueraient le coût pour l’État...»

« Enfin, il y a la stabilité politique, car un mandat plus long réduirait les tensions préélectorales récurrentes.», fait-il savoir.

Donnant son avis personnel relatif aux arguments de la mouvance présidentielle : « Le septennat ne serait pas synonyme de confiscation du pouvoir, tant que la limitation à deux mandats serait strictement maintenue.».

S'agissant des inquiétudes de l'opposition et d’une partie de la population, le spécialiste dit comprendre l'indignation qui domine. « Pour beaucoup de compatriotes, le passage au septennat est perçu comme une régression démocratique.».

Il dit également comprendre ceux qui dénoncent : « Cette révision comme une modification sur mesure pour le prochain président en exercice, au lieu de privilégier plutôt un renforcement des institutions existantes comme la Cour constitutionnelle et les autres institutions de contrôle.».

En clair, selon notre expert constitutionnel, il faut attendre la promulgation de la loi par le président de la République et sa publication au journal officiel pour mieux cerner les implications politiques et constitutionnelles de cette nouvelle révision de la Constitution, véritable socle de la démocratie béninoise depuis plus de trois décennies.


Stanislas KPADÉ 


lafriqueenmarche du 16 novembre 2025 No 1047