L'Editorial de Murielle MENSAH
La révision de la Constitution a eu lieu ce 15 novembre. Quels en sont les enjeux politiques, administratifs et constitutionnels du septennat?
Quand on passe du foot à 7 et non 5, les règles changent naturellement. Le débat sur la révision de la Constitution en date du 15 novembre dernier qui fait passer du quinquennat au septennat présidentiel et législatif (les deux institutions bénéficiaires de la révision), est toujours le point d'orgue de l'actualité. Que retenir des enjeux politiques, administratifs et constitutionnels majeurs à venir ?
En effet, cette révision, si elle est ovationnée dans plusieurs cercles politiques et institutionnels, cependant, elle suscite interrogations, inquiétudes et analyses chez la majorité des Béninois.
Au-delà du simple allongement du mandat, le projet soulève des enjeux politiques, administratifs et constitutionnels majeurs, qui pourraient redessiner la vie publique béninoise.
En effet, la Constitution du 11 décembre 1990, demeure un texte emblématique, perçu comme la charpente de la renaissance démocratique de notre pays, le Bénin. Toucher à sa structure, notamment à la durée du mandat présidentiel, relève donc d’un sujet hautement sensible.
Cette révision qui implique la modification du mandat du chef de l’État, soulève donc des questions de légitimité, de consensus national, et de rappel des principes fondateurs des cycles électoraux. Il ne peut en être autrement, car les Béninois sont attachés à l’héritage de la Conférence nationale de 1990.
SEPTENNAT, ENJEUX POLITIQUES...
Doit-on parler de stabilité ou de concentration du pouvoir avec le mandat de sept ans désormais ?
Avec cette révision, peut-on avoir une stabilité politique accrue, comme certains arguent que les réformes structurelles engagées par les gouvernements successifs, manquent souvent de continuité, en raison de cycles électoraux trop courts?
Et au contraire, il faut y voir un risque de concentration excessive du pouvoir exécutif. Un septennat renforce l'avantage institutionnel du président en exercice. Cependant, il fera trop attendre des candidats à la présidentielle. Si un président fait deux mandats de sept ans, donc 14 ans, beaucoup d'acteurs actuels de la vie politique qui aspirent à la magistrature suprême seront éliminés.
La révision intervenue le 15 novembre dernier, relance donc le débat relatif à une problématique plus large en Afrique, débat sur le spectre des révisions opportunistes.
En effet, les révisions constitutionnelles perçues comme opportunistes, sont souvent interprétées comme des stratégies de maintien au pouvoir. Le Bénin, longtemps cité comme modèle démocratique, est malheureusement entrain de remettre en cause cet acquis et glisse vers un signal de fragilisation des retombées politiques de la Conférence nationale de 1990.
...SEPTENNAT, ENJEUX ADMINISTRATIFS
Ici, il y a aussi débat. Le mandat de sept ans offre un temps long pour les réformes publiques. Ce n'est qu'une pilule dorée.
En effet, l'argument central du septennat, repose sur le temps administratif. Cinq ans suffisent rarement pour diagnostiquer les problèmes d’un secteur. On admet cette thèse.
Mieux, un mandat de sept ans permet de concevoir une réforme cohérente, de mobiliser les financements, de lancer la mise en œuvre, et d'en évaluer les résultats. On admet encore cette vue des choses
Avec sept ans, un gouvernement disposerait d’une temporalité alignée sur les cycles des grands projets d'infrastructures, de numérisation de l’administration ou de refondes sociales. On passe encore.
EFFETS CONTRAIRES...
Cependant, et contrairement à ceux qui jubilent, il faut leur rappeler les risques d’essoufflement et la faible reddition de comptes.
Mieux, un mandat plus long est de nature à affaiblir les mécanismes de redevabilité. En effet, le contrôle citoyen pourrait se réduire dans une période où le président n’est soumis à l’évaluation électorale qu’après un long cycle.
Aussi, faut-il craindre également qu’un mandat trop long, n'entraîne une baisse du rythme décisionnel ou des arbitrages tardifs.
...SEPTENNAT ENJEUX CONSTITUTIONNELS
En dépit du passage du quinquennat au septennat, il faut souligner la limitation des mandats en question.
En dépit de tout, il faut reconnaître l'impact du septennat sur l’équilibre des pouvoirs.
En effet, un mandat prolongé modifie la dynamique entre le président de la République et le Parlement (les deux bénéficiaires du septennat) et les autres institutions comme la Cour constitutionnelle, la Cour suprême...
La question du septennat place le Bénin devant un choix difficile entre efficacité administrative, stabilité politique et préservation des acquis démocratiques.
La limitation à deux mandats, inscrite dans la Constitution de 1990 et réaffirmée en 2019, constitue une ligne rouge. Au moins, en dépit du septennat, la limitation à deux mandats est un acquis.
C'est clair, qu'entre intérêt général et calculs politiques immédiats et de circonstance, la modification de la durée du mandat présidentiel, touche à un élément central du régime politique, mais loin de consolider la légitimité populaire.
Qui pour dire le contraire ?
Lafriqueenmarche du 16 novembre 2025 No 1047

