A-t-on invité au  rendez-vous "Ivoire Tech Forum" à Abidjan,  Hugues Sossoukpè pour le piéger, l'arrêter et le livrer à son pays le Bénin? Au ministère du Numérique et de la digitalisation de Côte d'Ivoire, on tente de déconstruire cette réalité. 

« Vous parlez de quoi même? Vous parlez de mon ministre en charge  de la Transition numérique et de la digitalisation de Côte-d’Ivoire? Notre ministre, Ibrahim Kalil Konaté, n'a participé à aucun complot visant Hugues Sossoukpè...», 

rétorque dès que la première question a été  posée à notre interlocutrice, une cadre dudit ministère sis au Plateau, le centre administratif à Abidjan.

« Vous parlez de quoi? De piège, traquenard, guet-apens en parlant de mon ministre? », répète- t-elle encore avec un ton monté, car se disant frustrée par notre registre lexical. Conséquence, elle a  voulu mettre prématurément un terme au rendez-vous. 

On a dû l'amadouer pour qu'elle garde son calme. On n'avait pas le choix, il faillat faire l'âne pour manger le fouin.

« Vous parlez de qui là ? De mon patron? ...», le ton était toujours à l'offensive de la part de notre interlocutrice, qui 

reprend ses esprits et martèle : « Monsieur le ministre Konaté, mon patron est un homme de cœur. Quel crime veut-on lui faire porter quand pour un évènement d'envergure comme celui de "Ivoire Tech Forum", il identifie Hugues, un journaliste, un jeune très intelligent ?».


« HUGUES A DONNÉ LA PREUVE DE SON SAVOIR-FAIRE», DIT-ELLE...

« Nous, au ministère, avions invité un jeune averti de l'environnement relatif aux questions de numérique et de digitalisation. Nous n'avons pas invité n'importe qui. Hugues a donné la preuve de son savoir-faire. Depuis des années, il s'est illustré en Afrique pour la qualité de son travail.».

Elle ne nous laisse plus  placer un mot, elle enchaîne encore malgré son iPhone de couleur blanche qui crépite: «  Hugues est pour mon ministre, un jeune pionnier africain qui,  connait l'environnement du numérique et de la digitalisation. Comme Hugues, mon ministre a invité d'autres jeunes pionniers africains. Mon ministre est de bonne foi et n'a rien à se reprocher...», dit-elle en décrochant son téléphone pour placer : « Je viens. Je suis à côté...».

Elle martèle à nouveau : « Mon ministre est un homme de foi. Il n'y a aucune volonté complotiste contre Hugues.», mentionne-t-elle.

Une dernière inspiration nous vient : « Donc, le ministre et les autres cadres de ce ministère organisateurs dudit forum ne savaient-ils pas que Hugues a des antécédents judiciaires avec les autorités béninoises?».

« Jamais au grand jamais. Si le ministre le savait, il n'allait pas inviter. Humainement, nous cadres et personnel, avions regretté cette issue fatale pour Hugues.», fait-elle savoir encore.

Elle continue : « Malheureusement pour exécuter un mandat d'arrêt, on n'a pas besoin de l'avis des organisateurs de ce forum que nous sommes. Ça se décide ailleurs, je répète ailleurs.».

« Ailleurs ? Où Madame? Le sort de Hugues s'est décidé où alors ? », ai-je voulu savoir.

« C'est dans ma bouche que toi journaliste tu veux manger ton piment?  Vous savez très bien de quoi je parle.», fait-elle savoir avec un brin de Nouchi (le patois populaire en Côte d'Ivoire) pour conclure.


...RAPPEL DES FAITS 

À titre de rappel, le 3 juillet dernier, le gouvernement ivoirien, par l’intermédiaire du ministère de la Transition numérique et de la digitalisation, a adressé une invitation à Comlan Hugues Sossoukpè, exilé au Togo depuis 2019, pour venir couvrir un événement qu’il organise du 9 au 11 juillet. 

Dans ce cadre, l’intéressé a reçu un billet d’avion aller-retour, et une réservation à l’hôtel "Palm Club" de Cocody.  

Après avoir fait toutes les vérifications nécessaires quant à l’authenticité des documents, le journaliste béninois, promoteur du média "Olofofo" est arrivé à Abidjan le 8 juillet 2025 conformément au programme de son séjour. 

Le 9 juillet, une navette du ministère est allée le chercher pour l’emmener au Sofitel d’Abidjan où se déroule "Ivoire Tech Forum", l’événement pour lequel il a été invité. L’intéressé a même produit et publié sur son site le 10 juillet, un article. 

Quelques heures après cette publication, le journaliste n’était plus joignable. Le lendemain vendredi 11 juillet, on apprend qu’il a été arrêté par les autorités ivoiriennes et livré à celles du Bénin.


J.A.N'GUESSAN


lafriqueenmarche du 20 juillet 2025 No 956