Hugues Sossoukpè était sous la protection du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés depuis bientôt six ans. Le HCR a-t-il des choses à se reprocher? Pourquoi a-t-il laissé Hugues Sossoukpè partir à Abidjan sans l'avertir des risques ? L'institution pouvait-elle interdire ce déplacement ? Que disent les textes? L'une de nos équipes était également à Lomé pour écouter la version de cette faîtière onusienne.
« En matière de protection et de prévention, le dernier mot revient au réfugié quand il veut voyager.», dit à l'entame de nos échanges, un responsable de HCR Togo, instance faîtière qui joue le rôle de bouclier pour Hugues Sossoukpè.
Par ce point de vue, ce responsable de HCR tente de répondre aux proches de Hugues Sossoukpè qui accablent l'institution d'avoir failli à sa protection.
Il poursuit et éclaire notre lanterne : « Un réfugié qui veut voyager pour une raison professionnelle, et ce vers une destination où sa vie ou sa liberté pourraient être menacées, doit savoir apprécier la décision qu'il prend...», insiste-t-il encore pour récuser les reproches à HCR.
SAVOIR MARCHER SUR LES OEUFS ...
Suite à ces explications, une question à brûle point vient à l'esprit et posée à notre interlocuteur : « Hugues a-t-il informé le HCR ? Aviez vous eu le temps de l’en empêcher ou lui déconseiller fermement ce voyage en Côte d'Ivoire ? ».
Notre contact marque un temps d'arrêt, tousse fortement et laisse entendre : « Vous venez de Cotonou non? La démarche élémentaire pour un bon journaliste, c'est de faire un tour chez Hugues à Ouidah (sur la voie de Lomé), avant de venir ici. Vous devez passer chez Hugues à la maison d'arrêt de Ouidah pour savoir s'il a informé ou pas le HCR avant d'aller à Abidjan.».
Avec ce ton, avec cette tactique, pour ne pas gâter le "topo", on a dû changer de prisme pour ne pas broyer du noir, pour éviter qu'il ne se braque.
Il précise encore : « Selon la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, Convention complétée par le Protocole de 1967, le HCR a pour mission première de protéger les réfugiés et de veiller au respect de leurs droits fondamentaux. De ce fait, Hugues devrait nous informer. Ce qui n'est pas le cas.».
« Le HCR a-t-il été au courant que Hugues faisait l'objet d'un mandat d'arrêt...», voudrais-je savoir dans la foulée?
« Laissez-moi que je finisse...», insiste notre indicateur. Il avance : « Hugues a informé l'institution qu'il allait aux États-Unis. Quand vous allez le voir, il faut lui demander si on a été informé de son voyage en Côte d'Ivoire ?».
...POUR ÉVITER DES SITUATIONS DIFFICILES
Puis, il enchaîne immédiatement : « Au regard de la Convention, l'article 33 est sans ambiguïté. En effet, à la lumière des textes internationaux, le rôle central du HCR est de protéger. Cependant, le HCR n’interdit pas formellement aux réfugiés de voyager, car il n’a pas de pouvoir coercitif sur les individus, mais il peut fortement recommander de ne pas voyager.».
Il martèle encore : « Nous avons un devoir moral et juridique de conseiller les réfugiés contre les décisions qui mettraient leur vie en danger, même s’ils estiment parfois pouvoir gérer les risques eux-mêmes ».
Désormais, comme sur un terrain conquis, il ajoute : « Le HCR ne peut "interdire" formellement à un réfugié de voyager, mais il peut fortement déconseiller, alerter les autorités concernées et mettre en garde contre les conséquences. Le HCR agit toujours dans l’esprit de la protection et non de l'abandon.».
Après ces explications, je lui balance :« Le HCR était-il informé de l'existence d'un mandat d'arrêt international contre Hugues ?».
« On n'a pas eu vent de ce mandat d'arrêt. Tout cela oblige le réfugié, tout en conservant sa liberté de mouvement, d'être toujours vigilant surtout s'il ne sait pas s'il est sous le coup d'une décision judiciaire.».
« Aviez-vous en projet une mission d'écoute en Côte d'Ivoire pour comprendre ce qui s'est passé ?». Et à notre interlocuteur de rétorquer : « Cette question est sensible. On ne dévoile pas tout à la presse.», dit-il pour conclure.
Amavi TOGBLEY
lafriqueenmarche du 20 juillet 2025 No 956
