La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
Le Musée "Du Quai Branly Jacques Chirac" incarne-t-il une dualité fascinante entre rencontre universelle des cultures tout en portant les cicatrices historiques du colonialisme?
Sous les verrières de la Seine, un édifice de verre et de verdure rassemble les fragments épars de notre humanité commune.
Le Musée "Jacques Chirac" se dresse comme une passerelle audacieuse, un sanctuaire où les arts d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques murmurent enfin à l'oreille de l'Occident.
En croisant ces regards autrefois ignorés, il tisse le fil d'un dialogue nécessaire entre les peuples, transformant l'altérité en une vibrante célébration de la créativité universelle.
OUTIL DE DOMINATION OU...
Façade du Musée "Du Quai Branly Jacques Chirac" en France
Pourtant, sous la beauté des vitrines, un silence plus lourd persiste. Pour beaucoup, ce havre de paix esthétique reste le miroir d'une blessure mal refermée.
Derrière l'émerveillement de la découverte se devine l'empreinte d'une domination passée, celle d'un Occident collectionneur qui s'approprie le sacré des autres pour écrire sa propre histoire.
Le musée devient alors un théâtre ambigu : un outil de diplomatie culturelle qui, tout en honorant les civilisations, rappelle malgré lui l'asymétrie des pouvoirs et les fantômes de l'ère coloniale.
Entre partage fraternel et mémoire captive, ce lieu ne choisit pas. Il demeure le carrefour inconfortable mais indispensable où le monde tente de se parler, tout en se souvenant de ce qui l'a séparé.
Oui, ce musée continue de charrier la critique postcoloniale, car rattrapé par le regard de l'autre sur lui comme outil de domination.
En effet, ce musée a un héritage contesté, car il conserve environ 380 000 objets, dont une immense majorité a été acquise durant la période coloniale à travers des pillages, des confiscations ou des missions ethnographiques militarisées.
...COFFRE-FORT COLONIAL
D'où le procès du pillage. Pour les militants décoloniaux et plusieurs pays d'origine, le Quai Branly a longtemps incarné un coffre-fort colonial, matérialisant la confiscation non seulement d'objets sacrés, mais aussi de la mémoire collective des peuples spoliés.
La grille ethnographique n'a pas suffi. Des critiques subsistent sur la persistance d'un regard inquisiteur où des pièces chargées de fonctions rituelles ou politiques sont réduites à des critères purement formels ou à une vision occidentale de l'altérité.
Il faut une mutation par une décolonisation de l'institution.
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L'Afrique en marche du 22 juin 2026 No 1208

