Après la consécration à titre posthume décerné à Fela Anikulapo-Kuti, les Nigérians débordent depuis quelques jours d'énergie pour lister une série de projets pour mieux saluer la mémoire de l'illustre disparu. Pour les Nigérians, Fela est considéré comme un pionnier. En effet, Fela Kuti n'était pas seulement un musicien, mais un véritable architecte culturel pour plusieurs raisons majeures.
Créateur de l'Afrobeat, il a inventé ce genre unique en fusionnant les rythmes traditionnels Yoruba avec le jazz, le funk et la soul. Ce style, caractérisé par des morceaux longs et hypnotiques, est le fondement de l'Afrobeats moderne qui domine les chants mondiaux aujourd'hui.
Ensuite, la musique a été pour Fela comme une arme, car précurseur de l'engagement politique, il utilisait ses textes (souvent en Pidgin English pour être compris par tous) pour dénoncer la corruption, le néocolonialisme et les dictatures militaires au Nigeria.
Des albums comme "Zombie" ou "Beasts of No Nation" sont devenus des hymnes de résistance. L'identité et la fibre Pan-africaniste de Fela n'est plus à démontrer. À travers ses performances à l'Afrika Shrine et son mode de vie, il a promu une identité africaine forte et décomplexée face à l'influence occidentale.
Parlant de son influence Intergénérationnelle, l'héritage de Fela inspire des stars planétaires comme Beyoncé, Burna Boy ou Davido.
En 2025, l'album emblématique de Fela "Zombie", a d'ailleurs été intronisé au Grammy Hall of Fame. Cette distinction fait de lui le premier artiste africain à recevoir ce prix d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.
POUR LES NIGÉRIANS, IL FAUT DAVANTAGE FAIRE POUR FELA
Au-delà des enfants Femi, Yeni et Kunle Kuti, avec cette reconnaissance, les Nigérians exigent que l'Etat perpétue son œuvre artistique.
Pour certains, il faut organiser une soirée d'écoute ou un concert hommage au-delà de réunir ses proches ou ses fans, pour écouter ses albums phares ou organiser des performances "live" par d'autres musiciens. Objectif, transformer le deuil en une célébration de la vie par la musique.
Pour d'autres, il faut créer un mémorial visuel, encadrer ses vinyles préférés ou des partitions originales pour en faire des objets d'art afin de garder son essence visible au quotidien.
D'autres encore proposent de transmettre son héritage et de soutenir la relève. Pour cela, ils proposent de faire un don en son nom à des organisations musicales locales ou créer une bourse d'études pour de jeunes talents. Ce qui va permettre à sa passion de continuer à vivre à travers d'autres.
Une autre catégorie de Nigérians jurent de partager son histoire. Pour cela, il s'agira de rédiger une biographie avec ses anecdotes personnelles pour mettre en exergue l'impact de sa musique et pour aider à préserver son identité au-delà de sa célébrité.
Un autre groupe de Nigérians réclament des gestes mémoriels et rituels, un mémorial numérique par la création d'un site web mémorial pour centraliser les hommages, photos de concerts et souvenirs des fans. D'autres souhaitent un hommage créatif par une chanson. Cette dernière sera dédiée à sa mémoire, une manière puissante de transformer la douleur du silence en une nouvelle forme d'expression.
Wilfried GBÊGAN correspondant au Nigeria
L'Afrique en marche du 5 février 2026 No 1110


