Le président Tinubu tranche en faveur du milliardaire et limoge deux personnalités, et ce dans une tournure spectaculaire au cœur de la politique pétrolière nigériane. Conséquence, le président Tinubu limoge deux hauts responsables du secteur pétrolier, après une vive confrontation avec Aliko Dangote, l’homme d’affaires le plus riche d’Afrique. 

Aliko Dangote avait publiquement accusé le directeur de l’Autorité de régulation pétrolière "Midstream" et "Downstream" (NMDPRA), Farouk Ahmed, de corruption et d’économie sabotée.

Le milliardaire a dit publiquement que le haut fonctionnaire favorisait massivement l’importation de carburants plutôt que de soutenir les raffineries locales, notamment son installation géante de Lekki 


...LIMOGEAGE JUSTIFIÉ 

Dangote avait également mis en cause Gbenga Komolafe, chef de la Commission de régulation en amont (NUPRC), pour son manque de fermeté à faire appliquer une loi visant à prioriser l’approvisionnement des raffineries nationales. 

Selon le patron de Dangote Industries Limited, ces comportements ont affaibli la compétitivité de l’industrie locale, mis en péril l’emploi, et permis à des importateurs de profiter de licences avantageuses, aux dépens des acteurs nigérians.

Il est allé jusqu’à publier une plainte formelle auprès de l’Independent Corrupt Practices and Other Related Offences Commission (ICPC), demandant l’enquête et la poursuite de M. Ahmed pour des dépenses personnelles jugées incompatibles avec ses revenus officiels dont l'inscription des enfants du haut fonctionnaire dans des écoles à scolarité très chère.

Face à ce scandale, le président Tinubu a convoqué une réunion d’urgence à la Villa présidentielle d’Abuja, qui s’est traduite par la démission immédiate des deux responsables ciblés par Dangote. 


DEUX HAUTS FONCTIONNAIRES BIENTÔT PROMUS...

Dans un communiqué officiel, la présidence a indiqué que Tinubu a ensuite soumis deux nouveaux noms au Sénat nigérian pour confirmation.

Ainsi, Oritsemeyiwa Amanorisewo Eyesan sera à la tête de la NUPRC et Saidu Aliyu Mohammed prendra la tête de la NMDPRA. 

Ces deux cadres sont présentés comme des professionnels chevronnés du secteur pétrolier, avec des décennies d’expérience au sein de la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) ou d’entreprises affiliées. 

Cette décision intervient à un moment crucial pour le Nigeria, premier producteur pétrolier d’Afrique.

En effet, le Nigeria cherche à relancer sa capacité de raffinage domestique et à réduire sa dépendance aux importations de carburant. 

Le geste de Tinubu est perçu par certains analystes comme une victoire politique pour Dangote, mais aussi comme un signal fort que la présidence entend renforcer la régulation du secteur et punir la corruption perçue.

Une position qui pourrait rassurer certains investisseurs tout en suscitant des critiques de la part de ceux qui voient un favoritisme envers de grandes entreprises privées. 

Le débat sur l’avenir de l’industrie pétrolière nationale, déjà fragile, ne fait que commencer.

Dans les rues d’Abuja et de Lagos, les réactions sont partagées. Pour certains qui saluent ce qu’ils perçoivent comme une mesure de lutte contre l’impunité.

D'autres quant à eux s’inquiètent des risques d’ingérence politique dans des institutions censées être indépendantes. 

Comme on le voit, Dangote a mis son poids dans la balance pour dégager de sa voie des hauts fonctionnaires perçus comme d'éternels handicaps.


Wilfried GBÊGAN correspondant au Nigeria


lafriqueenmarche du 21 décembre 2025 No 1072