La Universidad de Buenos Aires (UBA) a accueilli le tout premier congrès international consacré à Diego Armando Maradona. Cet événement transdisciplinaire qui a balayé le sport, la culture populaire, la politique… et le féminisme s'est déroulé du 6 au 8 novembre 2025.
"Diego Armando Maradona et la masculinité hégémonique : approches féministes", a été entre autres parmi les thèmes retenus. Cette rencontre a offert une opportunité unique de questionner comment la figure populaire de Maradona s’inscrit dans les débats contemporains sur le genre et le féminisme en Argentine.
FAIRE SCIENCE AVEC MARADONA
Le colloque visait à : « faire science de Maradona », c’est-à-dire : étudier l’icône au-delà du ballon, de la gloire et du mythe. L’Argentine vit depuis plusieurs années une montée en visibilité des mouvements féministes (notamment le mouvement « Ni Una Menos »). Dès lors, on ne peut ignorer un questionnement accru, celui relatif aux symboles masculins de la culture populaire.
En effet, Maradona représente un paradoxe. Issu d’un milieu populaire, rebelle, héros pour beaucoup, mais également auteur de comportements problématiques vis-à-vis du genre et de la reconnaissance de ses enfants. Cet héritage complexe le place au carrefour du débat féministe. Parlant du débat féministe autour de Maradona, le volet "féminisme" du colloque a mis en lumière deux grandes lignes de pensée.
D’un côté, un féminisme traditionnel qui condamne Maradona pour son machisme déclaré, ses rapports violents ou conflictuels avec des femmes, sa paternité difficile à des enfants hors-mariage.
De l’autre, certains courants plus récents notamment un féminisme "Villero" (des quartiers populaires), considèrent son origine modeste, son « affrontement avec le pouvoir », comme des éléments potentiellement mobilisables dans la lutte contre les inégalités de classe et de genre.
Ainsi, le colloque a exploré des questions telles que : dans quelle mesure peut-on « être » féministe et admirer une figure qui porte aussi des contradictions de genre ? Qu’est-ce que Maradona dit au sujet de la masculinité populaire et comment cela se confronte à l’émancipation féministe ?
À L'ÉPREUVE DES FAITS ET CONTRACTIONS
Une table ronde intitulée : "Maradona et la masculinité hégémonique : approches féministes", abordait comment le sport, et la figure de l’homme-héros populaire, façonne des normes de genre.
En analysant les contradictions et pistes, on retient que : « Le héros populaire est un homme ayant exercé des violences.». On peut également retenir que Maradona a été une figure d’identification pour de nombreuses filles et femmes. Il a également brisé certains stéréotypes dans le sport), mais aussi, a été une incarnation d’une culture machiste que le féminisme remet en cause.
Le fait de valoriser un tel symbole pose question. Peut-on séparer l’œuvre (le génie, l’influence populaire) de l’homme (ses failles, ses actes) ? On retiendra que le colloque laisse entrevoir une approche nuancée est possible. Les chercheurs ne refusent pas catégoriquement Maradona, mais l’utilisent comme terrain de réflexion sur le genre, la masculinité populaire, les résistances des classes populaires.
Il incite à interroger comment les féminismes peuvent dialoguer avec des figures populaires controversées, sans pour autant diluer leurs exigences sur l’égalité et la reconnaissance des femmes. L’événement suggère aussi que le monde universitaire argentin élargisse son champ vers le sport, la culture populaire et les études de genre, renforçant ainsi la recherche critique.
À titre de rappel, une étude présentée avait pour titre : "Twitter et la (dé)construction du mythe : Maradona et l’activisme digital féministe". Par ce thème, les universitaires ont analysé plus de cinq millions de tweets pour montrer comment les féministes numériques déconstruisent son image.
Radji SANOUSSI depuis USA
L'Afrique en marche du 13 novembre 2025 No 1045
